Qui possède quoi sur Internet?

En plein débat sur la protection et l’utilisation des données personnelles, on se questionne sur ce que les différentes entreprises qui nous proposent leurs services possèdent comme données. La chose serait probablement moins visible si 5 entreprises ne possédaient pas la plupart des services d’Internet. A tel point qu’on a tendance à oublier que les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont littéralement partout. Tour d’horizon et réflexion pour discussion en classe.

Début août, Facebook a fait une annonce concernant le nom de ses produits. L’entreprise a en effet décidé de procéder à un changement subtile de nom. Whatsapp et Instagram deviennent respectivement « Whatsapp from Facebook » et « Instragram from Facebook ». Attendez ! Whatsapp et Instagram sont propriétés de Facebook ? Eh oui… Et ceci n’est qu’une petite partie de l’iceberg technologique qui se présente face à nous.

Il n’est pas compliqué de rechercher sur Internet le montant des capitalisations boursières des GAFAM. Les chiffres sont absolument époustouflants. Des montants qui correspondent au PIB de certains pays européens ! D’où vient donc cet afflux de capital, constitué en moins de 10 ans ? La réponse fait froid dans le dos.

Ce qui amène de la richesse, ce sont nos données.

De nos informations personnelles (nom, adresse, âge, …) à nos habitudes de consommation ou nos goûts personnels. Tout est véritablement compilé, analysé et accumulé pour créer de véritables bases de données exploitables à l’infini. Le but : créer de la publicité ciblée ou analyser les habitudes afin de créer ou de perfectionner des produits de consommation.

Ce n’est donc pas vous directement qui intéressez les GAFAM, mais tout ce que vous faites et êtes. Et c’est la mise en commun des informations de toute une population qui permet de faire des analyses de marché extrêmement précises. Ainsi, selon votre type de personnalité, on sélectionnera pour vous les produits qui seront les plus appropriés (par de la publicité), des photos ou vidéos que vous pourriez aimer (quitte à ne pas vous montrer tous les commentaires, photos et vidéos que vos amis publient).

Alors, la récolte et l’exploitation de données personnelles est une chose. Mais, l’autre conséquence, plus insidieuse celle-là, est que la sélection de produits de consommation selon vos goûts s’étend aussi à la sélection du contenu que l’on vous montrera ou que l’on vous cachera. Il en découle une perte complète de la diversité de l’information.

Le risque le plus évident est de vous rendre « oisif ». A force de sélectionner pour vous les contenus qui sont directement en lien avec vos habitudes, vous n’avez accès qu’à une vision unilatérale d’information, un angle, une opinion, un type de produits qui, selon les GAFAM vous correspondent et vous plaisent. Et ceci se fait au mépris de la liberté d’information.

L’ombre au tableau s’amplifie si ces dizaines de marques ne se concentraient pas en quelques entreprises immenses.

Alors, voici un résumé des grosses entreprises du secteur et une sélection des nombreux services qu’elles proposent :

Alphabet (Google)
  • Google : moteur de recherche
  • Google Tools : Suite de nombreux logiciels et services (Gmail, la suite bureautique Google, Google Drive, Google Maps, Google Photos, …).
  • Android : système d’exploitation pour smartphones, tablettes, objets connectés et ordinateurs.
  • YouTube : site d’hébergement de vidéos, service interne à Google.
  • Chrome : navigateur web.
  • Waze : application mobile de navigation GPS collaborative.
  • HTC (certains départements) : fabricant taïwanais de smartphones.
  • Blogger : plateforme d’hébergement de blogs.
  • Waymo : fabricant de voitures autonomes.
  • DeepMind : filiale dédiée à la recherche sur l’intelligence artificielle.
  • DoubleClick : régie de publicité en ligne, spécialisée dans le ciblage comportemental.
  • Google Fiber : projet de construction d’un réseau de fibre optique.
  • Chronicle : création d’outils de lutte contre la cybercriminalité.
Amazon
  • Amazon.com : site de commerce électronique.
  • Kindle : liseuse permettant de consulter des livres et documents électroniques.
  • IMDb : base de données en ligne sur le cinéma, la télévision et les jeux vidéo.
  • Alexa Rankings : site web fournissant des statistiques et des analyses sur le trafic du web.
  • AWS : service de cloud computing à destination des professionnels. (Facebook stocke ces données chez eux par exemple)
  • Alexa : assistant intelligent avec son assistant personnel domestique.
  • WholeFoodsMarket : chaîne de distribution de produits biologiques.
  • Twitch.tv : plateforme de streaming de jeux vidéo en temps réel.
  • Amazon Video : service de vidéo à la demande, permettant de louer, acheter ou de regarder en streaming des films et émissions de télévision.
  • Audible : service de production et de vente de livres et programmes audio.
  • GoodReads : site de critiques et de notation de livres, qui permet de gérer un catalogue personnel et de discuter de ses lectures.
  • Box Office Mojo : site de recensement du box-office du cinéma et chaîne youtube très connue des jeunes.
  • Amazon Robotics : filiale dédiée à la robotique et notamment à des solutions de rangement automatisées.
Facebook
  • Facebook : réseau social en ligne.
  • Messenger : application de messagerie instantanée liée à un compte Facebook.
  • Instagram : réseau social destiné au partage et à la retouche de photos, images et vidéos.
  • WhatsApp : application mobile de messagerie instantanée.
  • Oculus VR : société de réalité virtuelle, ayant notamment fabriqué le casque Oculus Rift.
  • JibbiGo : application de traduction vocale.
Apple
  • Apple : fabrication et vente de produits électroniques, de smartphones, d’ordinateurs personnels et de logiciels.
  • Siri : assistant personnel intelligent sous forme d’application répondant à la commande vocale.
  • Shazam : application de reconnaissance musicale dédiée aux chansons.
  • Beats Electronic : marque de casques audio, d’écouteurs et d’enceintes hauts de gamme.
Microsoft
  • MSN.com : plateforme interactive de divertissement et d’information permettant l’accès aux produits Microsoft.
  • Outlook : service de messagerie web.
  • Skype : logiciel d’appels téléphoniques et vidéo, de messagerie instantanée, de transfert de fichiers et de visioconférence.
  • Bing : moteur de recherche.
  • Azure : plateforme de cloud computing.
  • Microsoft Office : suite bureautique utilisable sous forme de logiciel ou directement en ligne.
  • Microsoft Edge : navigateur web, conçu pour remplacer Internet Explorer.
  • OneDrive : service de stockage en ligne.
  • LinkedIn : réseau social professionnel en ligne.
  • Yammer : réseau social privé de discussion destiné aux entreprises et organisations.
  • XBox Live : service de jeu en ligne qui permet de connecter une console de jeu vidéo XBox à Internet.
  • Microsoft Studios : société de développement et d’édition de jeux vidéo (Minecraft notamment)
  • Mixer : plateforme de streaming de jeux vidéo en temps réel.
  • Microsoft Hololens : casque à réalité augmentée
  • Windows Holographic : plateforme dédiée à la réalité mixte (virtuelle et augmentée).
  • Microsoft SQL Server : système de gestion de base de données en langage SQL.
  • Visual Studio : suite de logiciels de développement.
Twitter
  • Twitter : réseau social de microblogging.
  • Periscope : application mobile permettant de retransmettre des vidéos en direct.

Que retenir de ces éléments ?

Alphabet (alias Google) possède le moteur de recherche le plus utilisé, mais aussi tous les services qui permettent d’utiliser techniquement et professionnellement un ordinateur que ce soit des solutions bureautiques, du stockage de photos ou de vidéos en passant par le système d’exploitation.

Microsoft est un catalogue d’outils bureautiques très connus. C’est aussi un des leaders de la communication en temps réel par caméra et voix avec Skype. Microsoft propose aussi une gamme de consoles de jeux, mais aussi le réseau social professionnel le plus connu.

Amazon, à la base, est un site de vente de produits en ligne. Mais, on peut remarquer que l’entreprise – leader mondial dans son domaine – s’est déployée de manière tentaculaire dans le marché du loisir : assistant personnel, liseuse en passant par le cinéma, l’alimentation biologique ou la plateforme de vidéos Twitch.

Apple, la marque à la pomme, produit des ordinateurs et de tablettes, mais aussi les accessoires qui s’y rapportent.

Facebook compte plus de 2,4 milliards d’abonnés. Il a été délaissé par les jeunes et les adolescents au profit de Snapchat et Instagram. Or, Instagram fait partie des réseaux sociaux gérés par Facebook. Il possède aussi également la messagerie instantanée Whatsapp.

Aller plus loin…

En s’interrogeant sur ces positions quasi-monopolistiques, on est en droit de se dire que notre comportement et notre identité numériques sont observées, analysées, exploitées sans que nous n’en soyons forcément conscients.

Les fameuses conditions à accepter au téléchargement en parlent. Les avertissements vous montrant ce à quoi l’application aura accès comme informations sur votre smartphone au moment du téléchargement le rappellent. Les conditions générales de vente et la politique de confidentialité l’induisent. Mais franchement, combien sommes-nous à les lire ? Et c’est bien ça le problème. Nous ne sommes pas conscients de la chose et du problème. Et ces informations ne restent pas dans le cadre strict de chaque entreprise. Les échanges se font de manière systématique entre elles, par le biais d’entreprises intermédiaires qui vendent et achètent en continu des données et des analyses. C’est donc un système totalement interdépendant qui génère des milliards de francs annuellement. Sans cesse, les visites que l’on fait sur des sites web accumulent et transmettent nos données de navigation, nos recherches, nos intérêts et se souviennent de notre passage, par le biais de cookies. C’est de cette manière que certains sites se souviennent de nos mots de passe ou de nos dernières recherches (par exemple, dates pour billets d’avion)

Pour l’heure, c’est un fait, aller sur Internet, faire partie d’un réseau social, chercher du contenu ou des fonctionnalités est soumis à ce processus de récolte et d’analyse de données personnelles. Il faudra donc vivre avec…

En discussion de classe, seul ou en petit groupe, voici quelques sujets :

Scénario 1

Un homme fait partie d’un réseau social. Il poste régulièrement des photos et des commentaires parlant de sa vie. Un beau jour, heureux événement ! Il annonce qu’il va être papa. Les commentaires de félicitations pleuvent et dans l’empressement, il publie une photo de l’échographie en trois dimensions et en couleurs avec un tag indiquant le lieu, le nom d’une jeune femme et son état d’esprit.

  1. Quelles données le réseau social a-t-il pu capter ?
  2. Quel type de produits risquent d’être proposés dans les publicités ciblées ?
  3. A partir de quand le futur enfant commencera à construire son identité virtuelle ?
Pistes de réponses

Pistes de réponse :

Question 1 :  

Le réseau social a accès à : (noms et prénoms) / relation / lien familial (père et mère) / conception de l’enfant (par extension peut-être la date de naissance de l’enfant) / des images du bébé / une indication de lieu qui montre la région géographique de vie de ces personnes. Le réseau social va également collecter qui l'a félicité et les liens entre cette personne et le futur papa, il va également capter les "J'aime", les éventuels partages (Share) ou "Réaction" (émoticones) vu sur l'annonce. Le réseau social va également savoir combien de personnes ont vu la publication au total.

Question 2 :

Des produits en lien avec la maternité, le monde des bébés, les accessoires pour enfant.

Question 3 :

Avant sa naissance et donc, sans pouvoir choisir, l’enfant aura des informations stockées à son sujet et notamment déjà des images de lui-même. Les supprimer est impossible. Selon une étude de 2018, 30% des enfants sont sur Internet avant même de naître !

 

Scénario 2

Un de vos amis sur un réseau social partage un sondage demandant votre opinion sur différents sujets, notamment des sujets politiques. On vous demande également des renseignements sur votre tranche d’âge, votre activité professionnelle, votre salaire annuel et le fait que vous comptiez ou non voter aux prochaines élections.

  1. Quels sont les renseignements qui pourraient être captés sur vous ?
  2. Que pourrait-on faire avec ces renseignements ?
  3. L’utilisation de données personnelles, est-ce que ça existe ?
  4. Que faire pour se protéger ?
  5. Si je décide de publier des informations personnelles ou des opinions sur un réseau social, est-ce sans conséquences ?
Pistes de réponse

Pistes de réponse :

Question 1 :

Votre nom et prénom qui se trouve sur le réseau social / le lien existant avec la personne / âge / intérêt pour la politique / profession / salaire / entreprise dans laquelle vous travaillez / collègues inscrits sur le réseau.

Question 2 :

On pourrait par exemple croiser les données. C’est-à-dire essayer de voir quel est le profil des personnes qui disent ne pas vouloir voter aux prochaines élections pour mieux essayer de les pousser à voter pour un parti ou une liste. En croisant les données, on pourrait aussi définir quelle génération est touchée par telle ou telle thématique, pareil pour les personnes ayant tel ou tel revenu.

Question 3 :

C’est hélas le problème qui a agité le monde ces dernières années. La société de publication stratégique britannique Cambridge Analytica se retrouve en 2018 au centre d'un scandale mondial pour avoir organisé l' «aspiration» des données personnelles de plusieurs dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook dans le but de cibler des messages favorables au Brexit au Royaume-Uni et à l'élection de Donald Trump aux États-Unis. En répondant à un sondage publié sur Facebook, l’entreprise a pu cibler les personnes qui ne savaient pas encore pour qui ils allaient voter afin de leur proposer des publicités politiques ciblées en faveur de Donald Trump. Même tactique lors du Brexit en Grande-Bretagne. Il en résulte que des millions de personnes se sont retrouvées en quelques sortes influencées, du moins la cible de publicités, informations, fake news et propagandes politiques. Si Cambridge Analytica a été mise en faillite à la suite de ces scandales, d’autres pays ont connu des problèmes similaires. A vrai dire, il devient aujourd’hui impossible d’envisager une élection ou une votation qui ne se déroule pas sans recours aux analyses de données personnelles.

Question 4 :

Avoir conscience du problème est déjà un bon moyen de protection. Face à un réseau social ou un service qui récolte nos données, que faire ?

  • On peut être un utilisateur assidu, mais faire preuve de réflexion : se demander à chaque publication ou action ce qui pourrait en être fait. Le temps de connexion, la nature des publications, le sujet des photos. Dans ce contexte, il est important également d’avoir conscience que sur Internet, tout n’est pas vrai et que l’on ne pourra pas avoir accès à une diversité d’opinion sur un sujet.
  • On peut se montrer distant et ne faire que ce que l’application ou le réseau permet de faire de manière basique, même si c’est déjà beaucoup de données personnelles qui sont analysées. Les liens vers des sondages, des sites externes ou des publicités sont à coup sûr des terrains de recoupement des données personnelles pour cibler vos goûts et vos opinions.
  • On peut ne pas y être. Cette tendance augmente chez certains adultes, qui décident de se déconnecter progressivement. Cela dit, il faut bien être conscient que cela est clairement impossible quand on est né avec ces technologies qui sont des outils de relation. Le monde professionnel nous contraint également à rester connecté.
  • On peut, enfin, ne pas faciliter la tâche des entreprises de publicité. Un pseudo qui ne veut rien dire, un lieu de résidence erroné, une publication de photo depuis un autre lieu pour brouiller les pistes et des réponses fausses et sans logique à des sondages d’opinion, telles sont les tactiques qui permettront peut-être de garder de la diversité et donc de la liberté dans les informations auxquelles nous avons accès.

Question 5: 

Les informations que vous publiez sur un réseau social permet sont propriété de ce réseau et constituent votre identité numérique. De plus, les lois de la vie réelles s’appliquent aussi sur les déclarations faites sur Internet. Des propos diffamants, insultants, xénophobes, homophobes ou pouvant porter atteinte à une personne ou un groupe de personnes peuvent être poursuivies. Enfin, de manière très simple, publier son avis sur Internet correspondrait à publier sur une place publique vos propos (à la gare, sur une place centrale ou dans les couloirs de l’école avec votre nom. Des réactions en tout genre sont possibles, il faut y être préparé.

Scénario 3 :

Vous cherchez des billets d’avion et des offres d’hôtel pour partir en vacances. Un premier site vous permet de rentrer des dates de voyage, le nombre de personnes, la destination et le type d’hôtel que vous cherchez. Vous allez comparer sur un autre site et là vous remarquez plusieurs choses. D’abord, les dates que vous avez entrées sur le site précédent apparaissent déjà, de même que la destination et le nombre de personnes. En plus, vous remarquez que les suggestions d’hôtel montrent les mêmes hôtels qu’avant, avec des prix plus bas et des petites mentions « Encore 2 chambres ! » Le lendemain, vous vous rendez à nouveau sur ces sites, les prix ont nettement augmenté.

  1. Comment cela est-il possible ?
  2. Que faire pour éviter ces changements de prix ?
Pistes de réponses

Pistes de réponse :

Question 1 : 

Les cookies stockent les éléments que nous avons recherché, mais aussi notre « comportement ». Ces informations sont envoyées à des grandes entreprises qui les stockent et les analysent. Ces dernières sont envoyées aux autres sites du même domaine qui peuvent alors proposer des offres adaptées à notre recherche actuelle. Ceci permet également de proposer des éléments de pression vous demandant d’agir vite. Le lendemain, ce sont encore les informations stockées qui indiqueront au site de modifier certains prix. Les cookies vont également se rappeler la langue préférée. Vous êtes d'ailleurs régulièrement amené autoriser les sites à stocker vos informations lors de votre première visite.

Question 2 :

La navigation en « mode privé » permet de ne pas envoyer de cookies. Mais d’autres informations sont tout ce même envoyées. Il ne faut évidemment pas oublier de nettoyer son navigateur pour retirer les cookies anciens. Sinon la navigation privée ne sert à rien. Des options existent également sur les navigateurs Internet sur smartphones, tablettes, consoles et ordinateurs pour empêcher l’envoi de cookies, la mémorisation d’historique de navigation ou l’enregistrement de mots de passe. Toutes les traces que l’on laisse sur Internet influencent, on l’a vu, le type d’informations que nous recevrons.


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